Alain Soral, le révolté consommé.

Par Charles Tremblay. Janvier 2013.

J’ai découvert Alain Soral vers 2006-2007, à une époque où je m’intéressais beaucoup à la littérature sur la drague, la séduction, la manipulation et les relations amoureuses. Inévitablement, je suis tombé sur le livre-phare de sa carrière, Sociologie du dragueur, et peu plus tard sa suite logique, Vers la féminisation. J’avais alors beaucoup apprécié leur lecture car Soral s’en prenait au féminisme institutionnalisé, qui m’avait toujours semblé être une officine de chantage, de culpabilisation et de manipulation contre les hommes pour des raisons bassement capitalistes.

Par la suite j’ai lu les autres ouvrages de l’auteur comme l’Abécédaire de la bêtise ambiante, Socrate à Saint-Tropez, Misères du désir et Chute !, puis j’ai découvert l’homme sur internet. Après avoir vu quelques vidéos de lui sur les sites d’hébergement comme Youtube et Dailymotion, je vois qu’à la suite d’un petit parcours au sein du Front National de Marine Le Pen, Soral a lancé sa propre organisation politique, Égalité et Réconciliation (E/R), avec pour devise “Gauche du travail, droite des valeurs”.

J’ai commencé à suivre E/R et les vidéos mensuelles de Soral vers la fin de 2010. Je dois bien avouer qu’au début, j’étais enthousiasmé. J’adorais ses envolées lyriques et j’aimais son style “sans compromis” sur les questions internationales comme l’impérialisme atlantiste/sioniste et la mondialisation. En plus, il avait tendance à défendre les Musulmans plutôt que de faire dans le discours haineux contre l’Islam, comme on peut le voir sur des sites comme Riposte Laïque, Bivouac-ID, Point de Bascule ou Enquêtes et Débats. Bref, à sa découverte, Alain Soral fut une révélation pour moi.

Ayant moi-même une bonne culture générale et une formation académique en sciences humaines, je me rendais compte parfois de quelques erreurs factuelles de Soral. Au début, ce n’était pas trop important, un détail dans un discours qui me semblait alors cohérent. C’est à la suite des évènements que j’ai commencé à réaliser que l’homme n’était pas à la hauteur de ce que je pensais de lui. Certes, j’avais déjà lu quelques critiques, notamment sur son comportement de “girouette” de son passage du Parti Communiste Français au Front National, mais cela ne m’affectais pas outre mesure car “seul les fous ne changent jamais d’idée” et ces critiques mal formulées provenaient essentiellement de groupes et de sites atlantistes/sionistes. Pour moi, être critiqué et dénigré par ces officines “israéliennes” était un gage de qualité.

Mais lentement et sûrement, l’image idyllique de ce type qui se déclarait “dissident contre l’Empire” commença à s’effriter à mes yeux. D’abord, il y a le nombre incroyable de fois où Soral utilise le “je” et le “moi” dans ses vidéos. Il devenait manifeste qu’il a un gros problème d’égo, le Soral. Je l’avais déjà vu dans des capsules vidéos couper cavalièrement la parole aux autres pour prendre toute la place et se faire valoir mais je commençais à être effaré car cela devenait de plus en plus intense. Entre autre, je remarquais que lorsque Soral rejoignait les positions de quelqu’un d’autre dans ses vidéos, ce n’était jamais lui qui était “sur la même ligne que Pierre Hillard/Aymeric Chauprade/Gilad Atzmon (etc)” mais c’était toujours les autres qui étaient “sur la même ligne qu’E/R”. Comme si Soral et E/R étaient une révélation biblico-coranique, parfaite, complète et irréprochable dès le départ, et que se sont les autres qui finissaient par reconnaître le “caractère divin” de cette “révélation”. Pour reprendre une expression de France, je trouvais Soral de plus en plus “gonflé”.

Puis il y a eu un incident qui m’a indiqué qu’il avait peut-être quelque chose d’encore plus pourri dans la chaumière “E/R” que le narcissisme du monsieur. Lors d’une de ses vidéos où Soral abordait la question du sionisme et du judaïsme, il affirmait qu’il n’existait que 1% de rabbins antisionistes. J’étais fort perplexe car connaissant un peu de cette question à partir de mon point-de-vue à Montréal, je savais que la grande majorité des rabbins sont sionistes mais les rabbins antisionistes me semblait être quand même plus nombreux que 1%. Alors dans les commentaires sous-jacents à la vidéo, j’ai expliqué le plus amicalement du monde pourquoi ce chiffre de 1% me semblait irréaliste et j’ai demandé d’où Soral tirait ce chiffre précis. À ma grande surprise, mon commentaire fut censuré. Croyant qu’il s’agissait peut-être simplement d’une erreur d’internet que mon message ne se soit pas rendu au destinataire, je ré-écrivis mon commentaire, toujours le plus respectueusement et amicalement du monde. Mais ce second commentaire fut lui-aussi censuré, ce qui m’a donné à croire que le modérateur d’E&R bloque tout ce qui peut mal faire paraître le “président”. Puis dans la vidéo d’une conférence à Bordeaux, j’ai entendu Soral citer à nouveau ce 1% de rabbins antisionistes, toujours sans justifier d’où il a pris ce chiffre très précis, ce qui m’a amené à conclure qu’effectivement, il y a une politique de préservation de l’image du président chez les modérateurs du site. Aujourd’hui, je ne me pose plus de question sur l’existence de cette politique de la maison : il suffit d’aller voir les commentaires des plus récentes vidéos mensuelles et de constater le grand nombre de “j’espère que mon commentaire ne sera pas censuré”. Eh oui, avant d’être une “organisation politique” ou un “organe d’informations”, E&R est surtout une association d’auto-promotion de Soral. C’est pourquoi un type comme Marc George, qui avait oeuvré pendant 3 ans à la construction de cette “association”, fut limogé de façon impitoyable par celui qui ne supporte qu’on lui fasse un peu d’ombre.

Après le narcissisme de l’homme et l’auto-promotion de son “association”, un autre coup dur pour moi fut la sortie de son livre Comprendre l’Empire, où Soral devait laisser de côté les questions du féminisme et de la drague pour embrasser la totalité de la problématique du mondialisme/sionisme. “La gouvernance globale ou la révolte des nations”, comme le dit le sous-titre du livre. Enthousiasmé, je me fais venir le bouquin de France par Amazon.fr à grands frais. J’avais lu quelques critiques de l’ouvrage comme quoi il était brouillon et surtout, très mal divisé (certaines sections ne sont que de quelques lignes) mais cela m’importait peu; je tenais à le lire et je me disais que l’homme pourrait davantage s’effacer dans un écrit qu’à l’oral. Ce fut la déception. Comme ces critiques que j’avais lu, je constate que oui, cet ouvrage est bien mal écrit, le style est pathétique, le plan d’ensemble et la division sont franchement mauvais et le propos est creux. Je me rappelle que j’avais fait venir ce livre en même temps que le livret Le téléphone portable, gadget de destruction massive de “Pièces et Main d’Oeuvre” aux éditions L’Échappée (2008) et qu’au final, j’ai trouvé la lecture du second infiniment plus intéressante que celle du premier (j’ai été incapable de déposer le livre avant d’en avoir terminé la lecture). D’ailleurs, j’ai fini par aller revendre le livre de Soral dans un bouquinerie de livres usagés, ne voyant même pas l’intérêt de le conserver dans ma bibliothèque.

Toujours à propos du “petit livre noir” de Soral, il y a autre chose à dire. Lors des entrevues qu’il a donné à la suite de la sortie du livre, comme à Méridien Zéro le 27 mars 2011, il disait qu’à l’heure d’internet, les références bibliographiques n’étaient plus nécessaires “puisqu’il suffit d’aller à un moteur de recherches” et que par conséquent, il n’y en avait pas dans son livre. Il se justifiait également qu’avec toutes ses notes, il aurait pu écrire un livre de 600 pages mais qu’il tenait à publier un livre abordable pour toutes les bourses (en souvenir du temps où il n’avait pas les moyens d’acheter les livres neufs d’un certain prix) et que son éditeur lui demandait de couper au montage. Et effectivement, quand j’ai reçu le livre dans mes mains, j’ai constaté qu’il n’y a pas la moindre référence bibliographique, aucune justification, absolument rien du genre. Même que je dirais aujourd’hui que le Comprendre ressemble davantage à un bréviaire ou un petit catéchisme qui prend pour acquis les connaissances et l’état mental/idéologique du lecteur qu’à un véritable outil pédagogique pour apprendre ce qu’est la menace mondialiste/sioniste (en plus, symboliquement, la couverture est noire avec un peu de blanc, comme la soutane catholique… Paru chez Blanche, un éditeur spécialisé en littérature érotique/pornographique). Sauf que si le moteur de recherches est un outil formidable, il ne remplace pas pour autant la référence bibliographique d’un livre. Comme le rappelle Sébastien Vaas dans sa dénonciation du web L’enfer du virtuel (L’Âge d’Homme, Lausanne, 2009, réédition L’Île Blanche 2012), bien souvent, le moteur de recherches n’est utile que lorsque nous savons déjà en partie ce que nous cherchons. On peut perdre beaucoup de temps pour retrouver une information qui aurait pu être donné une seule ligne en bas du page ou la fin d’un texte. Comme le rappelle Michel Desmurgets, auteur du livre définitif sur les méfaits de la télévision TV Lobotomie (relayé par E&R lors de sa sortie), les références bibliographiques et “notes de fin d’ouvrage” “…constituent un précieux garde-fou : lorsque chaque assertion se doit d’être étayée, il est moins facile de dire n’importe quoi et de faire passer des boniments de camelots pour des faits avérés” et “…permettent de remonter à la source des évidences présentées et ainsi de vérifier ou d’approfondir des propos qui pourraient être jugés suspects ou engageants” (avertissement de la page 9). Finalement, c’est peut-être pour ne pas se faire piéger par son propre livre que Soral a omis toute référence, pour éviter que le lecteur se rend compte de “boniments de camelots”…

J’étais profondément déçu à la lecture du Comprendre l’Empire, il est évident que celui-ci est le fruit d’une grande paresse intellectuelle. Soral avait besoin d’argent, il a publié un ouvrage au titre provocateur et alléchant pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur le Nouvel Ordre Mondial et ce fut rentable car il a été sur les chartes des “meilleur vendeur” plusieurs semaines d’affilée. J’étais découragé par l’homme mais pas encore complètement débité. À cette époque en 2011, après la lecture du “bréviaire soralien”, je considérais que, malgré son amour pour son nombril, son véritable talent était à l’oral (S – oral) et qu’il se faisait des accroires sur son talent littéraire, d’une manière bien française. Mais je ne soupçonnais pas encore “jusqu’où il pourrait descendre dans la bêtise ambiante” de la marchandisation spectaculaire. D’abord, j’ai vu le lancement de sa plateforme commerciale/librairie Kontre-Kulture. Ce que je considérais bien à l’époque, car cela permettrait de diffuser la connaissance. Puis j’ai vu le lancement de sa ligne de produits biologiques Au bon sens. À la vidéo mensuelle qui avait suivi le lancement, j’ai vu Soral être particulièrement affecté par ceux qui, parmi les commentateurs, avaient critiqué le virage commercial d’E&R. Certes, chacun a besoin de vivre, manger, se loger mais de là à être offusqué au point de bannir à vie du site les commentateurs-critiques, c’est une réaction exagérée. Nul ne nie à Soral le droit de rendre financièrement rentable E&R, ni le droit de se lancer dans le commerce, mais si ce commerce devient la raison-première de l’association qui se dit “dissidente à la marchandisation du monde” (et qui relaie le sheikh Imran Hossein dénonciateur du riba et de l’argent-fraude), alors là, il y a un problème. Au moment où j’écris ces lignes, ce problème s’aggrave. Avec Au bon sens, Soral pouvait toujours se justifier par l’importance de retrouver les bons vieux produits du terroir devant la marchandisation et l’industrialisation galopante, de favoriser le naturel de toujours au chimique d’aujourd’hui. Mais avec Sanguisterrae, où il se lance dans la vente de vin, la vocation commerciale d’E&R pourra difficilement être niée. Et maintenant Instinct de survie, où Soral, avec l’aide du spécialiste-marketing de programmes informatiques reconverti “nature” Piero San Giorgio, cherche à profiter monétairement de la vague survivaliste (“preppers”) qui s’empare actuellement des États-Unis et du reste du monde… Déjà que le placement de produits est intense sur le site (presque chaque nouvelle rapportée ou vidéo relayée est accompagnée d’une ou plusieurs offres de produits de la maison, sans compter les mortaises “E&R” sur les vidéos publiées), désormais les quatres plateformes sont présentés 2 fois sur la page d’accueil d’E&R : une fois à l’horizontale sous la présentation du haut et une seconde fois (plus récente) sur la bande verticale de la droite. Et en plus des vidéos mensuelles d’actualité, nous avons droit maintenant à un autre genre de vidéo mensuelle, dédiée quant à elle exclusivement à la présentation des produits E/R.

Tout ce côté business du Soral nouveau ne peut manquer de rappeler l’ouvrage de Joseph Heath et Andrew Potter, Révolte consommée. En quatrième de couverture (éditions du Trécarré, Montréal -en France éditions Naïve- 2005), on y lit :

“Dans Révolte consommée, Joseph Heath et Andrew Potter affirment que, depuis la fin des années 1960, la “contre-culture” aurait remplacé le socialisme comme fondement de la pensée politique radicale. Les mouvements contre-culturels, loin d’être un facteur de subversion sociale, auraient depuis longtemps été récupérés par le capitalisme.

Dans cette perspective, ils défendent l’idée que les “solutions” avancées par des gens qui, comme Michael Moore et Naomi Klein, prétendent s’opposer au système, ont plutôt tendance à le renforcer.

Dans un savant mélange de fines observations sociologiques, de philosophie et de culture populaire, Heath et Potter s’interrogent sur les mécanismes régissant le développement de la contre-culture, sur la notion de consommateur-rebelle, sur la justice sociale et sur les actions à entreprendre pour transformer les consommateurs en citoyens”.

Voilà ce qui correspond très bien à Soral, qui a justement appelé sa première plateforme “Kontre-Kulture”, avec comme vocation sociale : “insoumission et produits subversifs en tous genres”. Soral se croit “dissident contre l’Empire” (au point de se comparer au résistant français Jean Moulin) mais finalement, il ne fait que participer au renouvellement du capitalisme par la toute-dernière mode “dissidente-conspirationniste-survivaliste” actuelle (mode qui est basée sur des préoccupations bien légitimes mais qui reste tout de même une mode commerciale). Pas mal pour un ancien… spécialiste de la mode expliquée aux parents.

Puis est arrivé le moment où j’ai trouvé Soral véritablement pathétique, pour ne pas dire dangereux. Pour la première fois, le type m’a fait vraiment peur. C’est à la première partie de son entretien mensuel d’octobre 2011 (de la 21ième minute à la 25ième), où il se plaint des menaces qu’il reçoit de la part des “antifas bretons”. Il cite un exemple de menace de mort qu’il reçoit et annonce qu’avec les informaticiens d’E&R, il a identifié l’auteur et il le montre à l’écran : un certain Clément Moulin de Saint-Cast le Guildo (à 23:10). J’accorde à Soral qu’il est fort désagréable de recevoir des menaces de mort. Cependant, je me demande à quoi d’autre il s’attendait puisqu’il affirme s’attaquer au “système”. Plutôt que de réagir à des courriels qui démontrent l’imbécilité de leurs auteurs (“préviens-moi quand t’aura les couilles de revenir en Bretagne, que je m’organise”, y a-t-il plus éloquent ?), il devrait s’estimer heureux de n’avoir que ça alors qu’il s’attaque “au coeur de la véritable bête immonde”. Mais non seulement il réagit exagérément à une broutille, il se défile (“Moi, je n’ai pas le temps de me rendre en Bretagne me battre au couteau avec ce crétin”) puis à trois reprises, Soral invite des volontaires à aller régler le compte du jeune Moulin ! Autrement dit, à aller se battre au couteau en son nom en Bretagne parce que lui, il n’a pas le temps ! Sur ce coup, Soral a bien plus fait figure de gourou de secte que de fin sociologue. Surtout qu’après, il enchaîne avec un autre cas de menaces qu’il a vécu pour finir en concluant que c’était un jeune couillon de 18 ans, 16ième arrondissement parisien habitant chez sa mère, qui s’est mis à pleurer lorsque confronté. Soral reconnaît lui-même immédiatement après Clément Moulin que ceux qui lui envoient ces menaces sont des crétins infantiles cachés derrière des pseudonymes.

Mon image de Soral était déjà ternie lorsque j’ai lu la lettre ouverte que lui avait envoyé le journaliste belge Olivier Mukuna en juin 2011. Il me semblait alors que Mukuna exagérait un peu mais maintenant, à sa relecture et avec ce que je sais du personnage, il est clair que le journaliste a vu juste. J’ai lu le récit de la petite rencontre entre Soral et Mukuna au Théâtre de la Main d’Or, chapeauté par Dieudonné, où Soral a éclaté en sanglots devant tout le monde (Mukuna, Dieudonné et son garde du corps). Bien sûr, je ne suis pas dans le secret des Dieux mais je pense savoir quand et pourquoi Soral s’est effondré en larmes. Dans sa lettre, Mukuna parle d’une “lancinante rumeur hautement crédible” qui veut que Soral ait dit, devant témoins, que “l’aspect subversif de Dieudonné, c’est son côté blanc”. Je soupçonne que devant Mukuna, Dieudonné a demandé à Soral s’il avait réellement dit ça. Et là, voyant qu’il était coincé et qu’il pouvait tout perdre (car Soral sait que le “grand chef de la dissidence” en France, c’est Dieudonné, et qu’il ne peut pas se permettre de se brouiller avec lui), là il a pleuré comme un bébé. C’est probablement pourquoi Soral ne mentionne plus jamais Mukuna sur son site ou dans ses vidéos, lui qui d’habitude est terriblement rancunier (il suffit de constater qu’il n’en manque jamais une pour s’en reprendre à Marc George, Jean Robin, Emmanuel Todd, Michel Collon, etc, sans compter certains règlements de comptes appelés “le con du mois”).
Le crépuscule d’une idole, voilà ma petite expérience avec Soral. L’entrée et la sortie d’une secte, en beaucoup plus “soft”. Maintenant, j’ai mieux saisi le personnage et je suis désormais très critique. Je suis d’accord sur un certain nombre de points avec les sites anti-Soral comme Dans la peau d’Alain Soral. Je constate que Soral s’est également brouillé avec Paul-Éric Blanrue et que ce dernier a retiré de son site Le clan des Vénitiens le lien menant à E&R. Il y a aussi cette entrevue-radio où Soral se fait demander s’il a des origines juives et celui-ci, sans nier, reste étrangement vague. C’est que s’il appartient vraiment à la “communauté qu’on n’a pas le droit de nommer”, ça changerait toute la donne pour lui, son organisation et sa business. Ça pourrait même expliquer pourquoi Jacques Attali, le Juif sioniste-mondialiste à tout crin, s’est laissé photographié avec lui, ce qu’il n’aurait sûrement pas accepté avec un vrai sulfureux comme Dieudonné ou Robert Faurisson.

Il y a aussi cette rumeur persistante qui veut que Soral soit particulièrement infidèle à sa femme, et ce avec des gamines début vingtaine. Il avait déjà dit qu’il a écrit Sociologie du dragueur pour signifier qu’il se case, terminé la drague pour lui après ses “700 conquêtes”, définitivement grillé après la parution de son livre (selon ses dires). Lui qui se réclame des “valeurs traditionnelles de l’héritage catholique français”, il se retrouverait complètement invalidé si ces rumeurs d’infidélité devait s’avérer fondés (et selon moi, il y a de fortes chances qu’elles le soit).

Il existe également une grande tension entre Soral et le site militant de partage d’information The Savoisien. Je ne peux pas dire que j’approuve les orientations idéologiques de The Savoisien (anti-Islam, anti-Judaïsme, anti-communiste, “naziolâtre” et férocement suprématiste blanc) mais son travail de partage d’informations (livres introuvables et/ou maudits qu’il partage gratuitement sous forme de PDF) est considérable et force le respect (sans compter les vidéos aux beaux jours de Megaupload). Or, un bon nombre des ouvrages ré-édités par Kontre-Kulture sont disponibles sans frais sur les hébergeurs du Savoisien (histoireebook.com, balderexlibris.com et aryanalibris.com) et ce dernier n’a pas manqué de réaliser que Soral tente de faire une partie de son beurre sur leur dos. C’est pourquoi à chaque parution de la vidéo publicitaire mensuelle d’E&R, The Savoisien réplique en publiant sur son blog les liens de téléchargement des ouvrages présentés par Soral.
Maintenant que je suis davantage critique par rapport à Soral, je suis perplexe sur certains évènements qui sont arrivés au monsieur. Je me rappelle avoir vu la vidéo de l’agression contre Soral par les crétins kahanistes de la Ligue de Défense Juive (LDJ) lors d’une séance de dédicaces dans une librairie indépendante. Aujourd’hui, je me demande sérieusement comment les lascars de la LDJ ont-ils pu manquer leur coup à ce point. Surtout qu’aux dires de Soral, ils étaient trente-cinq. Si j’avais été le planificateur de cette attaque, je ne l’aurais pas manqué. J’aurais d’abord fait cerner le bâtiment en envoyant quelques uns de mes hommes à la sortie arrière, question de pouvoir l’attraper s’il tente de s’échapper par-là. Une précaution de base. Ensuite, je ne serais pas entré en fracassant les vitrines, annonçant par ce fait-même mon intention belliqueuse et lui donnant une chance inespérée de fuir. Je serais entré calmement avec mes hommes, me faisant passer pour des fans désireux d’une dédicace et avec mes armes bien cachées sur moi (et autre chose que des manches de pioche sans tête). Puis une fois assez proche de lui… BAM !

L’attaque de la LDJ fut si bâclée que je demande réellement si le but était de s’en prendre à Soral. C’est à croire qu’il s’agit d’une mise-en-scène pour que celui-ci puisse recevoir son badge “reconnu persécuté par les Juifs”. Sur le site Dans la peau d’Alain Soral, on rapporte qu’il y a des rumeurs qui affirment que Soral savait que la LDJ pointerais son nez ce soir-là et d’autres qui disent que le local des kahanistes était juste à côté de la librairie. Je ne sais trop quoi en penser mais je reste perplexe : soit la LDJ sont une bande de faux-durs incapables d’une action efficace ou tout cela est une blague, un show, avec ou sans la complicité du concerné.

Je ne suis pas Français et ce n’est que depuis récemment que je commence à comprendre un peu le paysage politique de ce pays. J’avais toujours entendu parler du Front National de Jean-Marie Le Pen comme étant “l’extrême-droite non repentie de Vichy” mais je ne connaissais pas réellement ce parti et lors de ma fréquentation assidue d’E/R, je ne consultais pas les articles sur le sujet. Pour ce qui est du passage de Soral du Parti Communiste au Front National, je me disais “seul les fous ne changent pas d’idée”, “on change en vieillissant” et de toute façon, je n’ai jamais réellement adhéré à ces histoires politiques trop binaires de la “gauche” et de la “droite”. Mais depuis, j’ai écouté la conférence d’Anne Kling “Le Front National… tout ça pour ça !” au Libre TeamSpeak et je commence à comprendre pourquoi Soral s’y est joint et je saisi mieux quelle est l’idée de base d’E/R.

Le Front National, ce n’est pas le parti de la défense de la patrie française contre la “droite affairiste” et la “gauche internationaliste”, c’est d’abord et avant tout la business familiale de la famille Le Pen. Et si en 40 ans d’existence, le FN est aussi peu solide et implanté (voir la difficulté d’obtenir les 500 signatures de mairies sur plusieurs milliers d’agglomérations pour les présidentielles 2012), c’est que le clan Le Pen préfèrent être les maîtres incontestés de la toute petite formation politique que d’être seconds dans une formation plus importante. De toute façon, cette famille est très fortunée suite à un gros héritage en 1976 et elle n’a pas besoin d’une rentabilité du parti pour vivre. Le Front National est davantage le jouet des bourgeois Le Pen pour se désennuyer et s’imaginer utiles à la société qu’une prise de conscience patriotique de la vieille fibre française (sans compter que le “jouet” procure aux Le Pen la visibilité médiatique, drogue très addictive s’il en est une).

Lorsque Soral a rencontré Jean-Marie Le Pen et qu’il a rejoint le FN, il croyait qu’il était assez proche du clan Le Pen pour profiter lui-aussi du bibelot familial. Il s’attendait à un traitement préférentiel pour les campagnes électorales et/ou une position confortable dans l’appareil du parti. Mais voilà, il n’était pas aussi intime qu’il le pensait avec les Le Pen (qui eux-mêmes voulaient tout le prestige du parti sans tolérer qu’un outsider leur fasse un peu d’ombre) et d’une façon ou d’une autre, la famille l’a remis à sa place. Touché dans son ego démesuré, Soral claque la porte du parti avec son texte “Marine m’as tuer”pour n’investir que sa propre association, E/R.

Ce qui m’amène à remarquer quelques analogies entre le FN et E&R. Tout comme les Le Pen veulent être les maîtres incontestés de la formation politique, qu’ils considèrent comme leur possession personnelle, Soral veut être le maître incontesté d’E&R qu’il considère comme sa possession personnelle. Ainsi, tout comme Jean-Marie Le Pen a violemment foutu à la porte Bruno Maigret parce que celui-ci lui faisait de l’ombre dans l’appareil du parti, Soral a fait de même avec Marc George, ce dernier ayant passé 3 ans à construire l’appareil interne de l’association et devait donc finir par y avoir plus d’influence que Soral lui-même. Et depuis, Soral s’acharne sur Marc George avec toute une série d’attaques ad hominem de très bas niveau, offensives qui lui permettent d’occulter le fait que maintenant, Soral profite complètement du temps et des efforts investis par M.George.

Maintenant il est facile à comprendre qu’E/R est un microcosme basé sur le macrocosme FN. Et Soral préfère être le grand gourou dans “son” association plutôt que d’être second dans une structure plus large. Mais comme il n’a pas la fortune personnelle des Le Pen, Soral est obligé de commercialiser le plus rapidement possible E&R s’il veut la maintenir en vie (tout en lui assurant un rythme de vie qui, s’il n’est pas mirobolant, est quand même plus facile à vivre que la moyenne des Français). Ce qui en revient à dire que malgré ses prétentions à la “dissidence”, E&R est une voie de détournement et de stérilisation de toute essence réellement subversive par le système, exactement comme l’explique Francis Cousin à propos du Front National. Soral veut pouvoir profiter de la vie du capitaliste bourgeois sur le dos de ses sympathisants et utilise des mots comme “subversion” ou “dissidence” pour son marketing/branding. Ce qui rejoint le propos du Révolte consommée de Heath et Potter, qui ont écrit de façon presque prémonitoire la trajectoire qu’allait suivre Soral.

Ces constatations sur le lien de “parenté” entre le FN et E&R m’amène a me rappeler l’une des accusations que l’on entend le plus souvent à propos de Soral et “son” association, à savoir tenter d’amener les Musulmans de France à voter pour le FN malgré le sionisme engagée et le discours anti-Islam de sa présidente Marine Le Pen. Les premières fois que j’ai lu entendu cette accusation, je n’y portais pas trop d’importance. Je faisais confiance à Soral quand il disait que le FN “marinien” est le moins sioniste des grands partis politiques français. Mais maintenant je comprends que cette accusation est plus fondée que je ne croyais. Je me rappelle Soral affirmant “Je n’encourage pas les Musulmans à voter pour Marine Le Pen compte-tenu de ce qu’elle dit en ce moment sur l’Islam” (citation pas tout-à-fait exacte mais allant dans le même sens) et l’excusant par le fait qu’elle devait tenir ce discours si elle voulait être invitée dans les médias. Sauf que je saisi maintenant que le discours de Marine sur l’Islam a toujours été le même, ce n’était pas une entorse pour pouvoir profiter d’une visibilité médiatique. Soral affirme “ce qu’elle dit EN CE MOMENT”, comme si c’était passager mais c’était un mensonge de sa part et il le savait très bien.

D’ailleurs, sur cette question du support que Soral apporte à Marine, Marc George affirme à Claude Covassi de Mécanopolis (et relayé par Propagandes.info) que Soral, malgré que “Marine l’aie tuer”, “soutient implicitement Marine Le Pen, même s’il le fait avec le machiavélisme qui le caractérise”. George dit que Soral est bien conscient que Marine a pour fonction “d’importer en France le choc des civilisations, qu’elle n’incarne en rien la cause qu’elle est censée défendre, et qu’elle travaille donc pour cet empire que nous serions censés comprendre à travers son récent opuscule”. Il est vrai qu’après son départ sur coup de tête, Soral a tenté de s’amender auprès d’elle, il a même dit qu’il a été “un peu con”. En fait, je pense que malgré son départ fracassant sous l’impulsion du moment, Soral n’a jamais renoncé à son rêve d’être un intime du clan Le Pen et pouvoir profiter lui-aussi de la machine FN. C’est pourquoi il a tenté de faire amende honorable en amenant les Musulmans à voter pour le FN aux présidentielles 2012. Dans cette optique, E&R devient alors le cadeau que Soral voudrait offrir pour pouvoir revenir en grâce et faire partie des proches de la “dynastie Le Pen”.

Bien que ce texte arrive bientôt à sa fin, il y en aurait encore long à dire sur le personnage-Soral, entre autre sur sa prétention d’avoir étudié et maîtrisé de façon auto-didacte la sociologie, la philosophie, la politique, la géopolitique, l’histoire des religions et l’art cinématographique, sans oublier son titre d’entraîneur de boxe anglaise. Il y en aurait long à dire également sur son obsession de la Franc-Maçonnerie, dont je soupçonne que la haine que lui porte Soral découle davantage d’une rancune d’y avoir été refusé à l’époque de son journalisme/mode/télévision qu’à une réelle dénonciation d’un “clergé occulte de la république” (surtout qu’à part la question des lois votés qui seraient d’abord des “planches” en loge, le seul réel reproche de Soral envers la F-M -toute obédience confondue-, c’est d’être grotesque dans son apparat). Sans compter que l’antimaçonnisme de Soral lui permet de se joindre les catholiques traditionnalistes (comme les Lefébvristes) dans son marketing de la “dissidence”.

Aussi, il y en aurait encore à dire sur la dernière prétention de Soral à vouloir “faire dans l’urgence” à cause de l’imminence de la troisième guerre mondiale. Le risque que celle-ci se produise est bien réel mais le gourou d’E&R veut surtout le récupérer pour entretenir sa boutique tout en se faisant passer pour un visionnaire. C’est justement dans cette optique que le dernier livre paru de Soral s’intitule “Chroniques d’avant-guerre”, alors qu’il ne s’agit en fait que d’une compilation de vieux articles parus dans la défunte revue Flash, articles qui n’ont que très peu à voir avec les réelles menaces géopolitiques actuelles. Il est bien connu qu’une des techniques utilisés dans les sectes pour mieux manipuler les adhérents est le climat apocalyptique sciemment entretenu et Soral compte l’utiliser pour mieux profiter de sa “vache-à-lait”. C’est là qu’on comprend pourquoi E&R relaie le sheikh sunnite Imran Hossein; ce dernier entretient également un climat apocalyptique par la menace d’une grande guerre mondiale “entre Gog et Magog” et dans le même élan, permet à Soral de présenter un gage d’être “hallal”auprès de ses auditeurs musulmans (sans compter la vente par Kontre-Kulture du livre Jérusalem dans le Coran écrit par le sheikh, encore un PDF gratuit sur l’internet que tente de commercialiser Soral).

Si je donne suite à ce texte (ce qui est fort possible), j’aurai à parler également de l’attitude incroyablement agressive, inculte, infantile et idolâtre de la meute derrière Soral, les “soraliens”. Parmi les trolls qui errent sur l’internet, ils sont du même acabit que les militants sionistes qui polluent les forums de discussion sur la géopolitique mondiale. J’ai eu personnellement quelques affrontements épiques avec eux, surtout avec ceux qui se targuent de s’y connaître en religion, en ésotérisme, en “satanisme” et en traditionnalisme (Guénon, Evola, etc). Et j’aborderai aussi la question du “lieutenant” de Soral, Salim Laïbi dit “Le libre penseur” (ce qu’il n’est pas, évidemment) et le clône du gourou d’E&R, Johan Livernette, l’obsédé de William Guy Carr que je surnomme “le Soral du pauvre” (jusqu’où va-t-il descendre dans la bêtise ambiante ?). Je ne m’attaquerai pas à ce sujet maintenant mais je peux le dire d’emblée : Si Laïbi et Livernette représentent la “dissidence à l’Empire”, alors ce dernier a de beaux jours devant lui. Et s’ils deviennent dirigeants dans “l’après-Empire”, alors on regrettera ce dernier et on s’en souviendra comme étant “le bon vieux temps”.

En guise de conclusion à ce texte, je répondrai à ceux qui pourraient me dire “Oui, c’est vrai, Soral est plein de défauts, c’est un enfumeur mais j’ai appris tellement grâce à lui” que non, ils n’ont rien appris “grâce à Soral”. Si ces gens ont appris quelque chose de réel par l’intermédiaire des discours de Soral ou E/R, c’est parce qu’ils ont fait un effort de recherche pour trouver ces informations. Et justement, parce qu’ils ont fait cet effort plutôt que d’accepter béatement ce que dicte les mass-médias, ils ont obtenu ces informations. S’ils ne les avaient pas découvertes par Soral et E/R, ils les auraient découvertes autrement et avec d’autres informations pertinentes. C’est sur ce point que je termine ce “coup de gueule” contre quelqu’un qui a un grand potentiel mais qui, au final, m’a profondément déçu. Sa soeur l’a parfaitement résumé quand elle dit qu’Alain a l’art de dire intelligemment des choses très connes.

Charles Tremblay

30 janvier 2013. Alain Soral, le révolté consommé (suite)—

Je reviens sur mon coup-de-gueule contre Alain Soral. Je constate que notre « bourgeois déclassé » représente un phénomène réel sur l’internet; en 48 heures, cet article est devenu le plus lu de la petite histoire de mon blog et il n’est pas prêt d’être détrôné. Je remercie au passage Dans la peau d’Alain Soral pour avoir relayé mon texte. Il est agréable de savoir que quelques personnes l’ont lu, qu’ils soient en accord ou non (environ 400 visites en 1 semaine).

J’ai continué à scruter le net voir quelles sont les principales critiques que l’on fait à celui à qui veut maintenant se faire appeler « AS ». Je suis d’abord tombé sur les « contre-vidéos mensuelles » de Jean Robin, ensuite sur des vidéos de musulmans français qui ne croient pas en la « réconciliation soralienne », puis quelques textes par-ci par-là.

Ma première constatation est que je ne suis pas le seul en ce moment à m’élever contre Soral. Selon Alty, participant aux forums de Dans la peau d’Alain Soral, il semble qu’il y ait un tir groupé contre l’homme depuis quelques semaines. Ma sortie surfe sur une vague amorcée depuis la fin de 2012 et il y a peut-être un lien entre la montée de cette opposition à Soral et son manquement pour sa vidéo de décembre 2012.

J’avais entendu parler avant mon écrit contre l’homme que Jean Robin (pas le guénonien de chez Guy Trédaniel mais bien celui d’Enquêtes et Débats/éditions Tatamis) avait réalisé des contre-vidéos d’Alain Soral. Mais si j’ai eu un intérêt pour Soral, je n’en ai jamais eu pour Jean Robin. C’est qu’indépendamment du « grand sheikh chauve », le cours de la vie a voulu que je me retrouve avec entre les mains le Dictionnaire des débats interdits mais légaux de ce monsieur et ce livre est si dégoutant de malhonnêteté intellectuelle que cela m’a écoeuré. Et je n’ai jamais entendu l’auteur affirmer mieux dans ses vidéos que dans son bouquin. J’ai malgré tout essayé de regarder ces contres-vidéos mensuelles mais je n’ai pas été capable de terminer la première partie. Eh oui, malgré tout ce que j’ai pu dire sur Soral, il y a pire que lui. Et c’est vrai qu’il y a un jeu d’analogies entre Soral et Robin, un jeu de miroirs entre deux némésis. Le grand chauve antisioniste et promusulman contre le petit barbu (Jean « Rabbin ») radicalement sioniste et anti-Islam.

Après ce haut-le-coeur, j’ai regardé des vidéos de musulmans de France qui n’ont pas confiance en notre vendeur de vin; celle en deux parties de SoraloFolaso sur Youtube et celle, également en deux parties, de bijuu11 sur Dailymotion (noms des comptes, pas des orateurs). Je ne peux résister à l’envie de vous présenter ici cette savoureuse citation du second mentionné à propos de l’association soralienne : « E&R, c’est du Ni Putes Ni Soumises et du S.O.S. Racisme un peu plus hardcore, c’est tout mais c’est la même chose. C’est en gros, excusez-moi l’expression, une bande de guignols ». Éloquent !

Ce que je constate de ces deux vidéos, c’est qu’il existe des musulmans en France qui ne sont pas dupes du rôle de « rabatteur de bougnoules » pour le Front National de notre mannequin de Jean-Paul Gaultier. Les deux appellent la communauté musulmane à se méfier du double-langage soralien et ils démontrent tous deux la méconnaissance de cette religion par le « sociologue-boxeur ». Méconnaissance qui est telle qu’il est à présent embourbé dans la querelle millénaire chi’ites/sunnites. Les deux chroniqueurs-vidéo sont sunnites (comme, j’imagine, la majorité des musulmans en sol français) et reprochent à Soral sa proximité avec les chi’ites, notamment avec le Centre Zahra de Yahya Gouasmi (Gouasmi et Soral ont tous deux milité dans la « Liste Antisioniste » de Dieudonné). Je sais bien que la « main tendue » de Soral aux musulmans n’est qu’un prétexte pour agrandir au maximum son auditoire mais maintenant on peut dire qu’il courre après le trouble car s’il y a un sujet sur lequel ceux-ci ne plaisantent pas, c’est bien la division chi’isme/sunnisme.

Après le visionnement de ces vidéos, j’ai constaté que j’ai été relayé avec d’autres liens menant à des critiques écrites contre Soral. Là, j’ai pu constater qu’on assiste effectivement à un soulèvement contre le « Suisse-savoyard peut-être d’origine juive ». Ceci dit, je suis encore une fois obligé de constater que si Soral est très critiqué, la critique intelligente et pertinente n’est pas si facile à trouver. Mais il y a Empirer l’incompréhension: Alain Soral et les règles élémentaires du débat intellectuel, par Frédéric Dufoing, en trois parties sur juanasensio.com, La « pensée » d’Alain Soral : Révolution ou réaction ?, par Maxence Staquet, en quatre parties sur Le Grand Soir, Soraliens : idiots utiles du Capital, un texte anonyme présenté par un blog d’un seul article, Saidchomsky dégonfle la baudruche Soral, un article publié sur le site du Huffington Post en 2010, Alain Soral, le gourou d’une pensée subversive approximative de Thomas Loire, publié sur Citoyen360.fr le 2 janvier 2013 et pour l’essai Comprendre l’Empire, il y a Misère de la fausse critique : Comprendre « Comprendre l’Empire d’Alain Soral » d’Esprit68.org.

Au moment où j’écris ces lignes, j’en suis à prendre conscience de toutes ces répliques à la démagogie soralienne. C’est qu’il y en a long à lire et à méditer. Mais je préciserai ici que, contrairement à Dans la peau d’Alain Soral, je ne crois pas que notre homme soit « guénonien » (adepte des théories traditionnelles de l’ésotériste René Guénon). Dans le cas de son lieutenant Laïbi, celui-ci se réclame haut et fort d’être guénonien, ayant même appelé son livre La faillite du monde moderne en écho à La crise du monde moderne, mais il ne fait toujours que se référer aux « coups-de-gueule » de son auteur-fétiche comme l’ouvrage pré-cité, Le règne de la quantité et les signes des temps, L’erreur spirite et Le théosophisme. Jamais au reste de l’oeuvre de Guénon, qui est pourtant la partie la plus importante. Pour notre principal intéressé, je pense que son « traditionnalisme » réclamé n’est qu’une façade pour s’attirer un maximum de « guignols ». Pour aller encore plus loin, je dirai que Soral n’est pas traditionnaliste, il n’est pas chrétien, il n’est pas dans le « logos grec », il n’est pas pro-musulmans, il n’est pas patriote français, il n’est rien de tout cela; Soral n’en a que pour une chose, sa petite gueule. Chacun de ses positionnements n’est toujours qu’en fonction d’avoir le plus grand auditoire possible, pour satisfaire son égo démesuré et ramasser l’argent au passage.

Dans le même ordre d’idées, Soral n’est pas non plus pour l’indépendance québécoise, même s’il l’a affirmé et effectué un petit voyage par ici il y a quelques mois. Il est venu au Québec pour agrandir davantage son auditoire et se donner une dimension internationale, un peu comme Claude Vorhillon/Raël quand il est arrivé de France à la fin des années 1970. Cette question de Soral, E&R et l’indépendance politique du Québec soulève un nouveau point; sur le site soralien, nombreux sont les commentateurs à clamer leur amour et patriotisme pour la France, à réclamer la « révolte des nations » et à proclamer la liberté pour tous les peuples. Mais lorsqu’une nouvelle relayé sur le site concerne les Québécois, nous avons droit automatiquement à un déluge d’insultes d’une bassesse dont seul les soraliens en sont capables : racistes, hypocrites, incultes, féminisés, lâches et surtout anti-Français. J’ai même lu un certain « Anthony » qualifier ouvertement le Québec de « trou à rats ». Le tout avec toujours cette même excuse ridicule de « vouloir éviter l’idéalisation des Québécois ». L’idéalisation est un piège, certes, mais ici, on parle de dénigrement systématique indéfendable, pas de « remettre les pendules à l’heure ». Sans compter toutes ces histoires de Français ayant eu une expérience malheureuse par ici et qui maintenant rejettent irrévocablement l’ensemble du Québec sur ce seul fait, comme cet autre soralo-crétin appelé « Protis » (un parmi plusieurs). Ils s’attendaient à quoi, à ce qu’ils soient reçus avec le tapis rouge et tous les honneurs comme des sauveurs ? Les Québécois qui vont en France et qui en reviennent déçus, la faute en revient-elle à TOUTE la France ? Soral aura beau me dire qu’il me supporte dans mon combat contre l’establishment british d’Ottawa, quand on sait à quel point le modérateur/censeur d’E&R est soucieux de l’image de son président par la censure de commentaires critiques et qu’ensuite, on voit qu’il laisse passer toute cette merde anti-québécoise, on est en droit de remettre en cause sa sincérité. Ici comme ailleurs, notre ancien chroniqueur de mode ne fait que de la stratégie marketing pour faire rouler sa business.

Je n’aborderai pas de front ce sujet maintenant, auquel on pourrait y consacrer un coup-de-gueule à lui-seul, mais il faut absolument glisser un mot sur les pirouettes de Soral pour intégrer la notion de « satanisme » dans sa « compréhension de l’Empire ». Notre chroniqueur de mode a bien compris que son auditoire est composé de ceux qui regardent les « décryptages sataniques/lucifériens/illuminati des vidéoclips » sur Youtube, les reportages « Planète » sur les crimes rituels, sur l’influence de l’occulte dans la politique mondiale et autres « sorcellerie des élites » comme le Bohemian Grove, les Georgia Guidestones, etc. En bref, les petits gogos qui s’imaginent être des spécialistes de l’ésotérisme et de la magie et qui n’ont d’autres arguments que la virulence de leurs propos (réputation des soraliens oblige), Laïbi et Livernette en-tête (encore une fois). Conscient de son auditoire de guignols zozotériques à deux balles, de sédévacantistes et de musulmans chez qui la peur de la « sorcellerie/magie noire » reste toujours très grande, notre « maître du logos » se devait d’intégrer Satan dans son décor d’Empire. En voici un exemple: dans une vidéo mensuelle assez récente, notre sociologue/boxeur qualifie de « satanique » un reportage sur un lieu de BDSM où est pratiqué le fist-fucking, la Fistinière (ou Chapelle Fistine). Je reconnais que la promotion par la télévision de ce genre de pratique n’est pas ce qu’il y a de plus sain : une nouvelle tentative de marchandiser le sexe. Mais Soral se couvre de ridicule en y invoquant ici le satanisme car, outre le fait qu’il n’y ait rien d’occulte, religieux ou magique, ce geste du fist-fucking est le même que celui de la « quenelle » de Dieudonné. Donc, suivant la logique soralienne, faire ce geste à quelqu’un pour lui donner un plaisir sexuel, c’est satanique tandis que le faire au système, c’est de la dissidence, de la subversion et c’est très bien. Mais il y a lieu de croire que Soral s’y connaît mieux dans cette pratique -et dans le reste du BDSM- qu’il ne veut bien le dire. Je me rappelle qu’à l’émission d’Ardisson, il avait fait référence au fouet et à la cagoule, ce qui avait fait bien rire l’animateur. Et pour se disculper d’avoir pu lui-même faire dans ce « satanisme », Soral se cache derrière sa lecture du Marquis de Sade et « qu’il sait ce que c’est que la transgression » (probablement un autre mot utilisé avec une majuscule pour faire croire qu’il s’agit d’un grand concept philosophique -comme « l’Empire » ou « la Banque »- que seul notre « sociologue hégélien » peut réellement comprendre). Une ambiguïté volontairement installée pour qu’il puisse être certifié « anti-satanique » par les soraliens tout en poursuivant ses pratiques personnelles; car je suis persuadé qu’il a déjà pratiqué le BDSM et qu’il le pratique peut-être encore aujourd’hui. Ne serait-ce parce qu’il est « maître-quenellier »…

Excursus : Le rapprochement entre le fist-fucking et la « quenelle » amène un point important : si le premier consiste à apporter un plaisir sexuel « par en arrière », le second consiste-t-il à faire jouir l’Empire ? Serait-ce en fait la nouvelle trouvaille en matière de fausse subversion qui, loin de nuire au système, lui donne plus de force ? Ce double-sens fait penser à SOS Racisme qui peut autant signifier « sauvons le racisme » que « attention danger, il y a du racisme », ou encore Ni Putes Ni Soumises qui, suivant le principe psychologique de la dénégation, peut aussi bien vouloir dire « putes et soumises ». Ce qui ramène à l’orateur de bijuu11 cité plus haut, quand il affirme que E&R, c’est la même chose que SOS Racisme et Ni Putes Ni Soumises.

Pour terminer cette suite au coup-de-gueule, j’ajouterai ce mot par rapport à ceux qui ont relayé mon texte. Certains ont écrit « un ancien soralien déçu » pour me décrire, et c’est vrai que j’avais affirmé que mon expérience s’apparentait à l’entrée et la sortie d’une secte, mais de me qualifier de « soralien » n’est pas exact. C’est un peu trop excessif. Je n’ai jamais adhéré à l’organisation, ni été à un rassemblement. Je n’ai jamais contribué financièrement d’une façon ou d’une autre et je n’ai même pas côtoyé d’autres personnes pouvant s’intéresser à Soral ou E&R. Tout-au-plus, j’ai écrit des commentaires sur le site et rapidement je me suis retrouvé en butte contre l’ensemble de la meute soralienne; on pourra dire qu’il a suscité chez moi une curiosité intéressée pour ensuite laisser la place à une lente et constante dégradation de l’aura de probité. Ajoutons à cela que si j’avais vécu en France, je me serais rendu compte bien plus rapidement de ce qui se cache derrière Soral et E&R, ayant plus d’éléments à ma portée pour faire un jugement éclairé. Mais rien n’est perdu, mon expérience avec le « soralisme » sera pour moi une démonstration « dans le réel » de ce que signifient Joseph Heath et Andrew Potter par Révolte consommée. Francis Cousin explique que le système crée des voies de détournement de la subversion et Heath et Potter expliquent comment il procède pour le faire, avec cette « contre-culture » dont Soral se réclame (lui qui se dit issu des milieux punks). L’éternel retour du concret…

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